Patrik
Mots de sagesse de la semaine
Le software a des coûts fixes élevés et un coût marginal quasi nul: tu le construis une fois, puis chaque utilisateur supplémentaire ne coûte presque rien. — Joel Spolsky (sur l’économie du software, paraphrasé de ses premiers essais)
Le code, c’est du levier. — Naval Ravikant
On a tendance à surestimer l’effet d’une technologie à court terme et à sous-estimer son effet à long terme. — Roy Amara (loi d’Amara)
Journal
Jusqu’ici, je t’ai parlé de sujets d’ingénierie. Mais je gère aussi la comptabilité de l’entreprise, et une entreprise, c’est un business, et l’argent compte.
Cette entreprise est atypique. Je bosse avec quelques startups, et elles sont constamment préoccupées par le financement: avoir assez d’argent au départ pour démarrer, et du capital supplémentaire pour grandir plus vite. C’est un problème qu’on n’a pas.
Cette entreprise est partie sur des fondations existantes. J’ai écrit la première version du software comme projet perso sur mon temps libre ces dernières années, pour tester des scénarios financiers et apprendre à programmer en Go. Donc on a eu ça quasiment gratuitement. Et mes dépenses étaient couvertes par mon job principal.
J’ai maintenant un petit coussin financier qui me permet d’essayer de lancer ce produit sans devoir me payer un salaire. Je peux attendre que l’entreprise soit rentable. Évidemment il y a une deadline, mais pas d’urgence immédiate. On pourra se verser un salaire en fin d’année, une fois qu’on saura combien de revenus on a eus.
Pareil pour Marc, dont le job principal couvre ses dépenses et qui peut développer ce business sur son temps libre sans avoir besoin d’un salaire tout de suite.
Une fois que l’entreprise commencera à faire du bénéfice, on se versera évidemment un salaire pour notre travail, mais pour l’instant on peut faire grandir ce business sans le tuer tout de suite avec nos demandes de salaire respectives. Je sais que c’est un luxe et un privilège que tout le monde n’a pas, mais c’est notre ‘unfair advantage’.
Construire un produit software (par opposition à gérer des projets) est quelque chose de très puissant. Le coût est fixe (c’est implémenté une seule fois), les coûts variables sont négligeables, le revenu est proportionnel au nombre d’utilisateurs. Donc soit c’est une perte totale, soit une belle victoire.
Comme on bosse tous les deux depuis la maison, on n’a vraiment pas besoin de bureau ni de matériel spécial. Nos coûts se limitent aux services qu’on utilise, voici le détail pour mai 2026:
- DigitalOcean (fournisseur cloud): 24.86 USD
- Google Workspace (e-mail, agenda, 2 licences): CHF 15.13
- Senja (gestion des feedbacks): 29 USD
- Kit (gestion des e-mails): 59 USD
- Netlify (hébergement web): 57 USD (bientôt 19 USD, parce qu’on a supprimé l’option de pouvoir commit depuis différents comptes GitHub)
- Cursor (outil IA): 20 USD
- GitHub (hébergement du code): gratuit
- Notion (intranet): gratuit
C’est assez ironique que faire tourner notre software soit le poste le moins cher de la liste… il y a un peu de marge pour optimiser, mais c’est déjà bien serré.
Comment j’ai utilisé l’IA cette semaine?
Je suis encore en train de finir la release actuelle, en ajoutant quelques fonctionnalités. Cursor a généré du code intéressant, mais je pense que j’en ai laissé passer trop. J’étais submergé par la quantité de code généré et j’ai fait quelques revues de code bâclées (‘ça a l’air de marcher…’).
J’en ai payé le prix en passant les 4 derniers jours à faire des refactorings pour resserrer le code. Cursor a généré du code de manière très défensive, en vérifiant tout ce qui pourrait mal tourner. Il n’a pas non plus compris l’architecture et les principes que j’utilisais (c’est ma faute: je ne les ai pas explicités).
Du coup, je me suis retrouvé avec du code au mauvais endroit qu’il a fallu réconcilier. Et aussi un peu de code qui n’était en fait pas nécessaire. Cursor a ajouté plein de vérifications parce qu’il a tendance à raisonner localement: dans une structure, ça a du sens de vérifier la cohérence. Mais il n’a pas compris deux choses:
- une structure peut avoir un invariant, pas besoin de le vérifier constamment une fois qu’il est établi
- certaines librairies vérifiaient déjà ces conditions, donc pas besoin de revérifier la même chose avant de les appeler
En résumé: dans la plupart des cas, l’IA est un vrai boost, le travail se fait vite. Mais quand elle se plante, le coût de la correction est élevé. Je pense que c’est une amélioration, mais en comptant tous les coûts, c’est une amélioration, pas meilleure d’un ordre de grandeur.
Marc
Côté produit
Le prix est une feature produit. C’est ce que j’ai appris ces dernières années, en lisant des livres d’entrepreneurs connus et d’experts du pricing.
Le prix ne devrait pas être une réflexion de dernière minute.
Pourtant c’est délicat à manier, tellement il y a d’émotion qui y est liée…
Mince, est-ce que je peux vraiment vendre notre produit à ce prix? Je sais qu’il a beaucoup de valeur, parce que c’est tellement difficile à faire sur Excel… et je ne parle même pas de le maintenir avec les nouvelles réglementations… pour chaque canton! Mais quand même, est-ce que mes lecteurs du blog ne vont pas me détester ou me traiter d’anti-frugal?
Ou:
Allez, mettons-le à CHF 1/mois, comme ça je n’ai pas à avoir de conversations difficiles (surtout avec moi-même dans ma tête…)
Mais quand tu prends du recul et que tu abordes la question du prix d’un point de vue rationnel, ça peut devenir un super allié.
En fixant le prix d’un produit à sa vraie valeur, tu n’attires que des clients qui ressentent fortement le problème que tu résous pour eux. Et ça marche dans les deux sens:
- Prix trop bas, et tu attires des acheteurs impulsifs: ’tiens, c’est pas cher et j’ai envie d’essayer ce truc de MP que j’aime bien’. Et ils l’utilisent une fois, puis l’oublient pour toujours.
- Prix à sa vraie valeur, et seules les personnes qui ressentent vraiment la douleur s’inscrivent… et restent pour vraiment l’utiliser.
Et pour situer ce que veut dire ‘vraie valeur’ ici: un plan financier ponctuel chez un conseiller traditionnel comme VZ coûte environ CHF 2'500, pour un seul instantané figé. FI Planner, c’est à peu près un dixième de ça, pour des simulations illimitées que tu fais toi-même, à chaque fois que ta vie change.
Maintenant, comprends-moi bien: rendre FI Planner abordable nous tient à cœur, et on explore activement différentes formules pour y arriver, tout en gardant le business viable par rapport au temps qu’il faut pour le construire et le maintenir. Mais pour l’instant, le prix est lui-même une feature: il nous permet de développer FI Planner à un rythme gérable (comprends: pas 100'000 utilisateurs du jour au lendemain) et de rester concentrés sur la valeur exacte que recherchent les clients qui ressentent le problème.
Ce qui tiraille
En ce moment, je suis mal à l’aise avec mon rythme.
En effet, un des engagements que j’ai pris envers le blog MP, envers moi-même (et que j’ai communiqué à Patrik, ou pas? Confirme Patrik! :-)), c’est que Mustachian Post est ma priorité numéro un (c.-à-d. publier un article par semaine quoi qu’il arrive).
L’autre engagement que j’ai pris envers Patrik et moi-même, c’est que FI Planner est mon projet clé (en plus du blog ‘standard’), donc pas de nouvelle écriture de livre, pas de nouveau ‘juste ce tout petit autre projet annexe’.
Mais si tu couples ça avec (excuuuses!):
- La famille
- Le travail
- Les imprévus de la vie
- La maladie
- Etc.
Tu te retrouves avec:
- J’aimerais qu’on onboarde de nouveaux clients FI Planner par 50 ou même par 100 (même si je sais que, contre-intuitivement, c’est mieux pour notre produit de le faire progressivement, plutôt qu’un go-live d’un coup)
- J’aimerais livrer 10x plus d’améliorations frontend que ce que je fais actuellement
Donc en gros, le fameux: je manque de temps.
Je blague souvent avec Patrik en disant ‘quand je serai FI l’année prochaine (si tout se passe bien…), j’aurai teeellement plus de temps!’ Et Patrik me répond toujours que c’est un rêve, vu que ses journées ne font toujours que 24h…
Bref… la bonne nouvelle, c’est que j’ai trouvé un arrangement au travail qui devrait me libérer un peu de temps, donc j’espère ressentir moins de frustration là-dessus.
Note à un ami
Si tu veux devenir meilleur en pricing (pour ta startup, ta boîte, ton SaaS, peu importe), lis un livre: ‘Monetizing Innovation’.
Outil de la semaine
Claude Fable 5 est vraiment meilleur pour réfléchir plus en détail au problème que tu lui balances. Un exemple sur mon blog: il ne s’arrête pas à mes instructions, mais essaie de penser aux angles morts que je pourrais avoir.
Dernier exemple: pendant que j’optimisais la vitesse d’une page, Claude a repéré une erreur sur un (assez) vieux blogpost où un lien était cassé.
Tu veux que je le corrige tant que j’y suis?
Avec plaisir, cher Claude!
Et il se comporte comme ça sur tous mes problèmes depuis une semaine.
Mais, parce qu’il y a un mais… Claude Fable 5 crame tes tokens deux fois plus vite que Claude Opus 4.8…
Ce qui s’est terminé, ce matin, par un rechargement de 50 USD de crédits d’utilisation… déjà tous cramés avant midi…

Du coup, après une semaine de fun (productif!), je vais revenir à Claude Opus 4.8 comme modèle par défaut, que je n’ai d’ailleurs pas saturé depuis que je me suis abonné à Claude Max.
Et j’espère que la guerre des prix de Google (qui a commencé plus tôt cette semaine) poussera Anthropic à revoir sa décision de rendre Fable 5 utilisable uniquement via les ‘Usage credits’ (vs. l’abonnement), et qu’elle baissera son prix aussi ;-)
